Après plusieurs mois de silence, l’atelier se réveille, peuplé du claquement des couteaux sur les planches à découper, du bouillonnement dans la bassine en cuivre, du ruissellement de l’eau sur la peau des fruits. Bref, la magie opère de nouveau car mes délices sont attendus quelque part !
Pour en arriver là, il a fallu faire des choix. Le choix des pots, déjà ! Fichtre, ce n’était pas une mince affaire que de trouver les bocaux de l’ogresse… Mais les difficultés étaient d’ordre pratique, ou esthétique. Les résoudre ne demandait qu’un peu de temps et de pragmatisme. Les choix de conscience étaient ailleurs et m’attendaient tranquillement tapis dans leur coin.

Car il a fallu les remplir, ces fameux pots. D’où vient l’ananas qui va, en se mariant avec l’anis étoilé, éclairer de jaune l’intérieur du pot ? Qu’il se doive d’être bio, c’est une évidence. Mais dans quels conditions a-t’il été cultivé ? Et surtout comment s’en sort celui qui l’a fait pousser ? A-t’il été essoré jusqu’au bout par un grand groupe quelconque qui l’a exploité le plus possible ?
Par la circulation de l’argent, vous et moi nous lions directement à lui dans une grande chaîne. Vous m’achetez un pot de confiture d’ananas, j’achète l’ananas à un importateur qui l’a acheté à un producteur. Le seul moyen de rendre cet échange monétaire vertueux et éthique, c’est que je fasse moi attention à la provenance de cet ananas. Que je m’assure que celui qui l’a fait pousser est payé correctement pour son travail et qu’il a les moyens de nourrir sa famille. Donc, notre ananas doit être bio ET équitable.

Simple, non ? Problème résolu, non ? Et bien non, pas encore. Tout comme il y a bio et bio, il y a équitable et équitable. Là aussi, on ne peut pas se contenter de la simple apposition d’un label. Imaginons que notre ananas est africain. C’est à dire qu’il vient d’un continent extrêmement riche en ressources naturelles, et qui pourtant meurt de faim à des endroits. A qui vais-je acheter cet ananas ? A un grand exploitant qui, certes, paye correctement ses employés mais sans plus ? Ou à une coopérative de petits paysans qui fait également fonctionner l’école et la clinique du village ? Evidement, dit comme ça, ça manque de subtilité, mais c’est à peu près ça. Aujourd’hui, face à la catastrophe agricole que nous vivons chez nous, il semble difficile de participer à maintenir cette logique de grande exploitation alors que les expériences prouvent que c’est un retour à une petite paysannerie qui peut sauver et les paysans et la terre. En Afrique, c’est pareil. Et en Asie, et en Amérique latine, et partout.

J’en étais là de mes réflexions quand, tout à coup, j’ai rencontré l’ananas de mes rêves. Il est élégant, racé, il se prénomme pain de sucre et vient du Togo. Il est issu d’une filière réunissant 300 familles mise en place par l’importateur, ProNatura. Rotation des sols, diversification des cultures, accès à l’eau potable, retour des enfants à l’école… Notre fameuse chaîne (vous-moi-l’importateur-le producteur) est devenue vertueuse. Ca fait plaisir, non ? Et tant pis si le jaune soleil de cette confiture est perdu (le pain de sucre se colore à la cuisson), vous êtes d’accord avec moi, non ?

Bon, maintenant, le sucre… Ouh là ! Tout un programme ! Je vous propose qu’on se réserve cette question pour un autre jour, ça vous va ?

Si vous voulez en savoir plus sur notre ananas, vous pouvez rendre une petite visite sur le site de ProNatura, sur cette page qui vous dira tout sur la filière.

Voici les deux confitures où vous pourrez directement le déguster !

Ananas – Anis étoilé
Planteur

 

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